La dernière fois, je discutais avec une collègue sur la 3D et comment ça pourrait impacter les métiers de styliste et modéliste et cette question est venue : La 3D va-t-elle fusionner métier de styliste et modéliste ?
Je te donne mon avis direct : pas forcément et je vais t’expliquer pourquoi dans cet article.

Plan
- Les métiers de styliste et modéliste sont respectivement très vastes et denses
- La 3D est un outil, pas un métier
- Ce qui pourrait se passer pour les stylistes et modélistes
- Styliste et/ou modéliste : Ça dépend aussi de la structure de l’entreprise
- Styliste ou modéliste : C’est une question de forces et d’appétences
- La vraie question à se poser pour les entreprises
- Conclusion
Les métiers de styliste et modéliste sont respectivement très vastes et denses
Il y a des personnes qui ont la double casquette (styliste et modéliste) et c’est une vraie force parce qu’elles ont une vue à 360° du modèle, je ne le nie pas.
Mais j’en parlais déjà dans cet article : le métier de styliste et modéliste sont des métiers qui sont très exigeants et denses, surtout dans un contexte industriel.
Si tu es créatrice de patrons de couture, c’est vraiment différent. Le fusion des métiers de styliste et modéliste est plus logique pour toi, ton mode de fonctionnement et ton entreprise.
Mais pour l’industrie et la production en série, il y a :
- beaucoup de choses à savoir dans ces domaines respectifs,
- de tâches à maîtriser et à effectuer,
- de recherches à faire pour la création d’une collection et d’un modèle.
Et plus on est dans des domaines spécifiques (lingerie, enfant, sportwears, vêtements techniques, maille…) et plus ça devient complexe.
Et plus la spécialisation sur un métier devient essentielle pour faire un travail pertinent, efficace et qualitatif.
C’est aussi pour cette raison que les rôles sont aussi segmentés dans les plus grandes structures, j’en reparlerai plus bas dans cet article.
J’ai 2 articles qui expliquent le métier de styliste si ça t’intéresse👇🏽
La 3D est un outil, pas un métier
C’est pas parce que tu utilises la 3D que t’es styliste ou modéliste et que tu sais comment créer un vêtement fiable pour être porté dans la vraie vie.
J’en avais déjà parler dans cet article là 👇🏽
Ce qu’il faut comprendre c’est que la 3D (tout comme l’intelligence artificielle ou autre) est un OUTIL !
Avoir un couteau de cuisine ne fait pas de toi un chef cuisinier 5 étoiles.
Ben là, c’est pareil.
C’est pour ça que la 3D, selon moi, va plutôt faire évoluer le métier, comme un “upgrade”, un “level up” mais ça ne remplacera pas la chose sur laquelle tout repose : l’expertise métier.

La 3D ne sera pas utilisée de la même façon ni la même approche selon les métiers
Je discutais avec une modéliste qui était dans une entreprise qui utilisait CLO3D.
Et le truc c’est que les personnes qui utilisaient CLO3D dans son entreprise étaient des « spécialistes CLO3D », mais pas forcément modélistes.
Donc, elles n’ont pas la même approche ni la même vision des choses et du vêtement qu’une modéliste.
Du coup, ça peut créer un décalage sur les vrais enjeux et besoins :
- d’une modéliste qui conçoit et qui s’aide de la 3D
- VS une personne qui maîtrise la 3D sans être un concepteur/un modéliste.
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Ce qui pourrait se passer pour les stylistes et modélistes
Pour moi, le métier de styliste et celui de modéliste vont plutôt évoluer.
Comme ça a été le cas lorsque la styliste qui dessinait sur papier, est passée sur les dessins sur ordinateur avec Kaledo (un logiciel de Lectra) ou encore Illustrator.
Ça a aussi été le cas pour les modélistes qui faisaient de la coupe à plat sur papier et qui ont fini par tracer les patrons, non plus sur papier, mais sur ordinateur.
Ben là, les stylistes et modélistes vont faire évoluer leur métier :
- la styliste selon moi fera des rendus hyper réalistes pour la présentation des modèles (à l’équipe marketing, par exemple).
- la modéliste utilisera la 3D pour gagner en efficacité et limiter le nombre de prototypes physiques.
Et leur collaboration sera encore plus étroite, surtout avec des outils qui permettront de limite travailler simultanément sur les modèles.

Styliste et/ou modéliste : Ça dépend aussi de la structure de l’entreprise
Grande entreprise : segmentation oblige
Comme je te le disais plus haut dans cet article, les grandes entreprises aiment et ont besoin de segmenter les pôles et les profils.
Les pôles et les spécialités
Par exemple, quand j’étais en mission ou en alternance en produit fini, il y avait un pôle stylisme et un pôle modélisme.
Et dans ces mêmes pôles, il y avait des spécialités.
Par exemple, tu pouvais avoir :
- du flou (pour tous les vêtements dans des tissus fluides)
- du structuré (tailleur, jean, avec des tissus qui se maintiennent…)
- de la maille (tricot, sweats, t-shirts…)
- lingerie
- etc.
Si c’est aussi segmenté, ce n’est pas pour rien.
Chaque spécialité repose sur le modélisme, certes, mais demande des connaissances précises pour la spécialité concernée et une bonne compréhension des attentes industrielles.
Par exemple, dans l’enfant, il y a des normes à respecter, la gradation est plus complexe.
La lingerie demande de connaître certains types de machines et une précision au millimètre près (encore plus que le modélisme de base).
Même le métier de modéliste est décomposé dans certaines entreprises
J’ai déjà été dans une marque où le métier de modéliste était séparé en plusieurs pôles, avec :
- une modéliste qui fait surtout des patronnages,
- une autre qui ne fait que de la gradation et qui va digitaliser les patrons papiers,
- une autre qui va contrôler les produits finis,
- etc.
Tout ça a été fait pour que chaque modéliste maitrise une tâche spécifique et ainsi, améliorer l’efficacité lors de la création de vêtements.

La segmentation (spécialisation) augmente l’efficacité
Comme expliqué précédemment, la segmentation existe aussi pour des raisons d’efficacité.
Si on prend l’exemple d’une personne qui ne coud que des vestes tailleur, non seulement elle sera experte dans la couture de la veste tailleur. Ça n’aura aucun secret pour elle.
Mais elle sera aussi plus rapide et efficace qu’une personne qui coud des vêtements variés.
Parce qu’à chaque fois, il faudra que cette dernière se remette dans le bain. Et il y aura un temps d’adaptation à chaque fois qu’elle passera de la couture d’un pantalon à la couture d’une veste, par exemple.
C’est exactement la raison d’être du batching et de la spécialisation : faire la même tâche pour être efficace et rapide.
Et moins on passe de temps à faire une tâche et plus on est rentable.
Et la rentabilité, c’est un des éléments les plus important pour une entreprise.
Pour moi, les métiers resteront distincts
C’est ce qui me laisse penser que les métiers de styliste et modéliste continueront à être séparé mais que la 3D s’intégrera au process de ces métiers.
Sans parler du fait, qu’une seule personne qui s’occupe de toute la chaîne entraînerait une dépendance accrue à cette personne, du côté entreprise.
Que se passe-t-il si cette personne polyvalente n’est pas disponible ?
Petites structures : pourquoi pas ? (et encore)
Là où la double-casquette styliste-modéliste me semble plus pertinente, c’est dans les petites structures.
Car le plus souvent, les moyens sont limités et les équipes sont plus petites et polyvalentes.
Ceci étant dit : est-ce que c’est vraiment efficace (en termes de rentabilité) d’avoir ce double profil ?
Parce que même si tu as ces 2 casquettes, tu as la vision 360° certes. Mais faire un modèle de A à Z soi-même, du stylisme à la production, c’est une sacrée charge de travail et c’est très chronophage.
Et si on rajoute à cela le rendu réaliste, les animations… avec une seule personne pour tout faire, ça ressemble à une usine à gaz.
Quand j’étais freelance, j’avais des profils qui me contactaient pour leur marque de vêtements, qui sortaient de l’école et qui avaient vu le stylisme et le modélisme et qui, pourtant, savaient qu’à un moment donné, ils ne pourraient pas tout faire seul.
Ils savaient que la charge de travail aurait été énorme pour leur collection et ça leur aurait pris un temps fou PAR modèle.
Même pour un profil freelance, proposer du stylisme ET du modélisme, en partant du principe que tu t’occupes des 2 sans déléguer l’un ou l’autre, c’est pas forcément ce qu’il y a de plus rentable.

Styliste ou modéliste : c’est une question de forces et d’appétences
L’autre sujet, c’est qu’une styliste n’a pas forcément envie d’être modéliste et vice versa.
C’est pas un rejet du stylisme ou du modélisme, c’est juste une question d’appétence :
Est-ce qu’on préfère le style ou le modélisme et la technique ? Il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse à cette question.
Et c’est aussi une question de forces.
Par exemple, moi je suis plus à l’aise avec la technique, c’est pour ça que je me suis tournée vers le modélisme et que j’en ai fait ma spécialité.
Le stylisme, c’est pas que je n’aime pas mais c’est une compétence dans laquelle je m’épanouie moins.
Comme pour le modélisme, j’ai avant tout une préférence pour le modélisme digital (CAO) et la coupe à plat papier, par rapport au moulage.
Et autre anecdote, je me souviens que lorsque je pensais à continuer mes études, un intervenant d’une école spécialisée pour les modélistes n’était pas fan des double cursus (stylisme-modélisme).
Il disait que le plus souvent on était plus l’un que l’autre (plus styliste ou plus modéliste) et donc plus fort dans un domaine que dans l’autre et je suis assez d’accord avec ça.
Et c’est ni bien ni mal, c’est juste un fait.

La vraie question à se poser pour les entreprises
Pour moi, la vraie question à se poser, ce n’est pas “est-ce qu’on fusionne le métier de styliste et modéliste ?” mais plutôt :
- Pourquoi intégrer la 3D à son process ?
- Et comment l’intégrer pour que ce soit pertinent et efficace ?
À partir de là, ça évite de se disperser et de se créer des complexités inutiles.
Si l’enjeu c’est de réduire les prototypes, dans ce cas, il faudra que les modélistes se forment à la 3D.
Si l’enjeu c’est d’avoir des meilleurs visuels pour la présentation, le marketing et la communication, de faire de la mode digitale, dans ce cas, il faudra former les stylistes à faire des rendus réalistes avec la 3D.
Ensuite, il ne faut pas oublier que la 3D et le visuel réaliste ne font pas tout.
À la fin, il sera important de faire un prototype réel pour tout valider et ajuster.
Conclusion
Voilà, c’est tout pour ma réponse à la question : La 3D va-t-elle fusionner métier de styliste et modéliste ? 😊
En bref, je n’y crois pas.
En fin de compte, la 3D est un outil qui transforme nos métiers, mais elle ne les fusionne pas.
Styliste et modéliste restent deux expertises distinctes, chacune avec sa propre valeur.
Et même si sur le papier, la double casquette styliste-modéliste existe, c’est juste que je ne suis pas certaine que ce soit la solution la plus rentable, même avec la 3D.
Ce qui compte, c’est de savoir comment intégrer la 3D intelligemment pour gagner en efficacité, et non de vouloir tout mélanger au détriment de la spécialisation.
Et toi, quel est ton avis sur la question ? Tu crois que la 3D pourrait fusionner le métier de styliste et modéliste ?
À très vite,
Wendy
