La fois dernière, en voyant les changements de consommation, je me demandais comment le métier de modéliste en entreprise pourrait évoluer.
Bien que j’ai été modéliste freelance principalement, j’ai déjà travaillé en entreprise via des missions, des stages ou des alternances et j’ai pu voir comment ça fonctionnait dans des plus grandes structures (avec plus de volume de production).
Le but de cet article, c’est plus de te partager mes réflexions et de te donner mon avis sur l’évolution du métier de modéliste par rapport à ce que j’ai observé ces dernières années.
Ce ne sont pas des prédictions absolues, ça ne veut pas dire que j’ai 100% raison, c’est juste mon avis que je partage avec toi 😊

Pourquoi le métier de modéliste pourrait évoluer ?
Les habitudes des consommateurs changent
On l’a vu ces dernières années, certains consommateurs cherchent à être plus responsables et conscients dans leurs achats :
- acheter moins mais mieux,
- acheter des produits de meilleure qualité,
- acheter en seconde main,
- faire soi-même…
Ce que ça signifie pour les marques
Étant donné que les habitudes des clients changent, si il y a moins d’achats, forcément ça aura un impact sur la marque.
Réduction du volume
Moins d’achats signifie potentiellement une production réduite, avec moins d’exemplaires par modèle et peut-être même moins de modèles par collection.
Si le volume de production diminue, le travail de développement produit diminue également.
Et si la charge de travail diminue, mécaniquement, moins de main-d’œuvre sera nécessaire = moins de modélistes en entreprise.

La réduction du gaspillage (avec les invendus)
Avec l’évolution de la façon de consommer et la loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire), les marques ont de plus en plus de contraintes sur la gestion de leurs stocks et des invendus.
Elles sont encouragées à revaloriser ou réemployer leurs produits plutôt que de les détruire, ce qui leur impose des coûts supplémentaires (article 35).
Donc, réduire en amont les quantités devient une nécessité pour éviter d’avoir trop d’invendus à gérer.
- Avoir des invendus, c’est du stock dormant qui coûte cher à la marque.
- Même si la marque revalorise ses invendus (ce qui est une super initiative), ça reste des frais en plus.
L’une des solutions les plus logiques serait donc d’optimiser dès le départ en produisant moins (moins d’exemplaires par modèle, moins de modèles par collection…).
Les marques chercheront à être plus flexibles et optimiser les coûts
Comme je le disais plus haut, si il y a moins de quantité, il y aura moins de charge de travail.
Du coup, la marque cherchera probablement à optimiser ses coûts :
- Peut-être en réduisant les effectifs (moins de travail = moins besoin de personnes à temps plein).
Par exemple : au lieu d’avoir 4 modélistes, il n’y en aura plus que 2 car la charge de travail ne justifie plus autant de postes.
Ça pourrait se faire aussi avec les départs en retraite où des marques pourraient choisir de ne pas renouveler les postes pour réduire les effectifs.
- Peut-être qu’il y aura plus de contrats à temps partiel plutôt qu’à temps plein.
- Peut-être que les marques feront davantage appel à des freelances ou à des contrats temporaires (intérim, CDD…) pour :
- gérer les pics de travail (création de collection, remplacements ponctuels, etc.).
- des projets spécifiques
Le métier de modéliste pourrait devenir plus flexible avec des besoins plus ponctuels
Je pense qu’à l’avenir, le métier de modéliste pourrait s’inscrire dans la même logique que des métiers plus flexibles, comme ceux de développeur web ou photographe, où le travail en freelance est courant, car les besoins sont souvent ponctuels.
Par exemple, j’ai déjà collaboré avec une marque qui ne comptait pas de modélistes en interne. Elle faisait appel à des modélistes freelances pour la création des patronnages.
Elle procédait de cette façon car elle avait un certain nombre de reconduits et donc, elle n’avait pas toujours besoin de créer de nouveaux modèles à chaque fois/chaque collection.
Résultat : pas de nécessité d’avoir une modéliste à plein temps dans ses locaux.
Ce que ça pourrait signifier pour les modélistes en entreprise
Pour moi, la façon de travailler en entreprise va changer.
Maitriser la 3D sera indispensable pour limiter le gaspillage
Maitriser la 3D sera indispensable, y compris pour les techniciennes-produits (qui sont des modléistes qui font plus du “contrôle qualité” sur produits finis envoyés par les usines).
À l’image de l’arrivée du modélisme digital, les logiciels de modélisme sont désormais incontournables (à l’exception des très petites structures ou des entreprises artisanales).
Je suis convaincue que le modélisme 3D se démocratisera de plus en plus dans les années à venir.
Parce que la 3D permet de faciliter la mise au point des vêtements en anticipant les retouches.
Par exemple, un atelier de production pourra envoyer les patronnages à la technicienne produit et cette dernière réalisera le prototype 3D.
De là, elle pourra déjà observer et manipuler les patronnages, voir ce que ça donne en 3D et faire des retours à l’atelier.
Rien que cette étape permettra de limiter les nombreux allers-retours de prototypes car beaucoup de marques qui travaillent en produits finis travaillent sans la 3D.
La 3D facilitera le travail à distance
Par exemple, je pense à CLO3D qui a un PLM (en gros, c’est un gestionnaire de modèles) qui facilite le travail collaboratif, ce qui est indispensable pour les équipes de création (styliste, chef de produit et modéliste, entre autres).
La 3D sera également un atout si la marque décide de s’entourer de modélistes freelances, par exemple, surtout que CLO3D est une solution plus abordable pour les freelances (plutôt que les autres logiciels industriels).

Est-ce qu’on va assister à un retour du modéliste créatif par rapport au technicien produit ?
C’est une question que je me pose.
Juste pour recontextualiser :
- Une modéliste “créative” crée les patronnages.
- Une technicienne produit ne crée pas les patronnages, bien qu’elle ait de solides connaissances en modélisme.
Du coup, je me demande si on ne va pas assister à un retour du modéliste créatif.
Par exemple : Si la charge de travail diminue, les modélistes en entreprise pourraient retrouver du temps pour se consacrer davantage à la création de patronnages en interne.
Pourquoi ? Parce que si la marque a moins de modèles à produire, elle pourrait juger plus rentable de réinternaliser cette étape au lieu de l’externaliser.
Pourquoi les modélistes créatives pourraient revenir ?
Parce qu’à la base, les entreprises qui externalisent (et délèguent) le font pour plusieurs raisons :
- elles n’ont pas l’expertise en interne
- elles ne peuvent pas absorber la charge de travail en interne
Sauf que si la charge de travail est allégée, il n’y a plus de vraies raisons d’externaliser.
Du coup, si le modélisme est réalisé en interne, je me demande si les modélistes ne vont pas se remettre à faire du patronnage informatiquement dans certaines entreprises.
De plus, internaliser pourrait simplifier le process de la marque et lui faire gagner beaucoup de temps puisqu’il y aurait probablement moins d’erreurs et donc moins d’aller-retour avec des interlocuteurs externes.
Comment les modélistes en entreprise peuvent s’adapter ?
Si le métier évolue réellement dans cette direction, la question à se poser, c’est : comment s’adapter pour ne pas subir ces changements ?

Voici quelques pistes qui pourraient aider les modélistes en entreprise à mieux anticiper :
- Se former à la 3D dès maintenant : Plus on attend, plus il sera difficile de rattraper le retard. Les marques vont de plus en plus intégrer la 3D, donc autant s’y mettre avant que ça devienne une obligation.
- Être polyvalent(e) : Même si aujourd’hui il y a une séparation entre modéliste créatif et technicien produit, il est possible que les marques cherchent des profils capables de gérer plusieurs aspects du développement produit. Savoir jongler entre création et technicité pourrait devenir un vrai atout.
- Explorer d’autres opportunités : Si les marques réduisent leurs effectifs ou préfèrent travailler avec des freelances, ça peut valoir le coup de réfléchir à une transition vers le freelancing (en tout cas, avoir ça comme option, même à temps partiel).
En gros, l’idée, c’est de ne pas attendre que le changement s’impose, mais plutôt de le voir venir et de s’y préparer dès maintenant.
Pour résumer : la méthode de travail en entreprise va évoluer pour les modélistes
Je crois que dans les années à venir, non seulement maitriser la 3D sera indispensable, pour être dans une démarche de réduction du gaspillage, optimisation des coûts mais aussi pour être plus agile par rapport à la réalité du marché.
Mais je crois aussi qu’il y aura peut-être plus de modélistes freelances, si les marques ont besoin de moins de modélistes ou moins de modélistes à temps plein.
Conclusion
Voilà, c’est tout pour cet article “Modéliste en entreprise : comment le métier pourrait évoluer”
Évidemment, ce sont juste mes observations et mes réflexions, donc je suis curieuse d’avoir ton avis là-dessus !
Est-ce que tu penses que le métier de modéliste va évoluer dans ce sens ? Ou tu vois les choses autrement ?
Dis-moi ce que t’en penses en commentaire ! 😊
À très vite,
Wendy
