INTERVIEW : Diaguilie BA, modéliste et créatrice de la marque L’atelier Tengel (3/3)

patronnages diaguilie ba
Copyright : Diaguilie BA

Dans la partie précédente, Diaguilie nous a parlé de comment elle s’y est prise pour commencer son projet de création de marque.

Dans cette troisième et dernière partie, on parlera de l’importance de la stratégie marketing. Et Diaguilie donnera des conseils à ceux qui souhaitent se lancer.


Cette interview a été réalisée en août 2022.

Mes propos sont en italiques.

Ceux de Diaguilie en écriture normale.

Bonne lecture !



La création de sa marque Atelier Tengel (2/2)

Les choses que Diaguilie a souhaité aborder

Ne pas négliger la stratégie marketing

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Photo by Dominika Roseclay on Pexels.com

Diaguilie BA : Je me suis faite accompagnée par une experte pour la stratégie marketing. On a discuté de la cible, de l’étude de marché, des tendances… On a défini l’offre pour avoir une stratégie sur les produits.

Dans mon cas, mes produits seront des robes. Pourquoi ? Parce que j’ai étudié mon marché et que je sais que c’est le type de produit qui est susceptible de plaire le plus à ma cible.


Le positionnement de la marque

Diaguilie BA : Ensuite, on a parlé des prix et du positionnement. La façon dont tu vas communiquer avec tes clients aura un impact sur ton positionnement. 

Par exemple, une entreprise haut de gamme et une entreprise entrée de gamme ne communiqueront pas de la même manière avec leur cible. Donc, définir le positionnement de sa marque est une étape capitale.

Si le positionnement choisi et le plan marketing choisi ne vont pas ensemble, la marque est susceptible de ne pas être viable. Ces deux éléments permettent également de justifier le prix.

Une stratégie marketing est beaucoup plus complexe que ça en à l’air.


L’identité visuelle

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Photo by Eva Bronzini on Pexels.com

Diaguilie BA : On a également parlé de l’identité visuelle. Certains démarrent fort avec leur identité visuelle, un fort branding mais il ne faut pas oublier qu’au début on est encore en phase de test. D’autres investissent dès le départ 2000€ dans l’identité visuelle mais à ce stade, on n’est pas sûre que l’entreprise va fonctionner. Ça se trouve qu’il faudra changer l’identité visuelle parce que la cible évoluera après la phase de test.

Donc ma recommandation est de ne pas investir tout de suite dans l’identité visuelle de sa marque (branding, logo…). L’idéal étant de le faire dans un second temps à moyen terme, une fois que les produits seront déjà lancés et qu’on aura eu des retours sur ces derniers, et que la cible aura été réétudiée. À ce moment là, on pourra investir dans l’identité visuelle.

Au tout début, je préconise d’investir 500€ maximum pour démarrer avec un logo et une identité visuelle claire. De préférence, minimaliste, facile à comprendre. C’est mieux pour commencer.


L’avantage de se faire accompagner

Diaguilie BA : L’avantage de se faire accompagner selon moi est que d’une part je ne me sentais pas de faire le plan marketing moi-même. Je voulais être suivie par quelqu’un qui s’y connait et qui a des idées. Car entre ce que j’avais en tête au début et ce que j’ai en tête maintenant après avoir fait le plan marketing, c’est complètement différent.

Ça a tout changé car il y a des choses faisables et d’autres non, donc on est obligé de modifier certains éléments. C’est pour cela que c’est important d’avoir un plan marketing clair, pour savoir exactement où tu vas, comment tu vas communiquer, sur quels supports, à qui tu t’adresses, etc.

D’ailleurs, je recommande de prendre la partie marketing très au sérieux car une marque est un investissement financier considérable et l’idée est de ne pas perdre l’argent investi. Alors, il faut que le marketing soit bien réfléchi.


Pour récapituler : il faut bien connaître son offre, définir sa cible, analyser les concurrents, car c’est important de savoir ce qu’ils proposent, de les analyser eux et leur cible également. Car leurs clients sont potentiellement les tiens si tu as bien identifié tes concurrents. Mais aussi de s’en inspirer, s’inspirer de ce qu’ils font de bien. Mais attention, s’inspirer ce n’est pas copier.


L’intérêt de s’inspirer de ses concurrents

Wendy : Et ce qu’il y a avec l’inspiration c’est que si tu t’inspires de plusieurs pour faire ton propre style, c’est ce qui compte. Si tu t’inspires d’un seul, c’est là que tu peux tomber dans le copier-coller.

Diaguilie BA : Exactement, si tu t’inspires d’une seule personne, tu feras du copier-coller. En ce qui me concerne, j’ai 6-7 concurrents. Si je les analyse et que je m’inspire de chacun d’eux, au final, ça donnera mon propre style à moi.

De plus, mon avis est que personne ne peut véritablement “copier” quelqu’un parce que la personne a son propre style. Elle va communiquer d’une façon différente.



Diaguilie BA : C’est hyper important, à mon sens, de s’inspirer de ses concurrents car en les analysant, j’ai pu voir ce que je pouvais apporter en plus avec ma marque comme les grandes tailles que la plupart ne proposaient pas.

Donc en proposant des grandes tailles, je me différencie sur ce segment là.


Le choix de la précommande

Diaguilie BA : Toujours dans ma démarche d’éco-responsabilité, les produits seront en précommande pour savoir exactement les quantités à produire et limiter voire éviter le surplus. Mais aussi, éviter le gaspillage de matières premières, éviter de jeter et perdre de l’argent par la même occasion. 

Les produits seront également en série limitée du fait de l’utilisation de stocks dormants et des tissus tissés sur demande, je ne peux pas faire des quantités extraordinaires.


Conseils à quelqu’un qui souhaite lancer sa marque

Diaguilie BA : Mes conseils seraient de :

  1. Comprendre comment on fait un produit, ne pas avoir peur d’aller à la rencontre des fournisseurs, d’aller voir pour les stocks dormants…

Aussi, il est important de savoir ce que l’on veut avant d’aller voir le fournisseur.

Créer une collection, c’est un process : il y a des étapes à suivre dans l’ordre et à ne pas sauter. Il y a une chronologie à respecter et si on ne connaît pas ces étapes, on peut vite être piégé.

À mon avis, c’est mieux de connaître le processus avant de se lancer et de se renseigner au maximum pour ne pas investir pour “rien”. L’argent vient plus difficilement mais ça part beaucoup plus vite (rires).

  1. Budgétiser.
  1. Se faire accompagner pour les personnes qui n’ont aucune connaissance du milieu. L’argent investi dans l’accompagnement est de l’argent gagné, bien investi et un gain de temps considérable.

Car encore une fois la personne connait le domaine, elle connait le jargon voire même des fournisseurs. Elle peut vous aider pour le sourcing des matières. Ou bien, une autre solution est de se former.

  1. La partie marketing.

Wendy : Avec tout ça, tu penses que ça prend combien de temps de lancer sa marque ?

Diaguilie BA : Il y a beaucoup de gens qui me contactent et qui souhaitent lancer leur marque en 2 mois. 

À mon sens, il faut s’y prendre 1 an à l’avance pour lancer sa collection. 

Parce que le temps de faire la budgétisation, de faire les devis pour les patronnages, les gradations, le plan marketing, trouver des fournisseurs et prestataires de confiance avec lesquels tu pourras avoir de bonnes relations… Tout ça prend énormément de temps. C’est une partie laborieuse mais importante.

Personnellement, j’ai commencé au mois de janvier-février et ma collection sera lancée au mois de mars-avril. Donc, c’est plus d’1 an de préparation.


Différence de délai pour le produit à façon et produit fini

Wendy : C’est intéressant que tu dises ça car j’avais estimé que rien que pour la partie conception de la collection : production, développement produit (stylisme et modélisme), sourcing compris, donc pas la marque dans son entièreté, il faudrait compter au moins 6 mois. Tu es d’accord ?

Diaguilie BA : Je suis totalement d’accord.


Petite pause définition : Quand on parle de produit fini, on présente la fiche technique ou dossier technique à l’atelier qui se chargera de faire les patronnages, sourcer les fournitures, la matière voire la fabriquer… on achètera donc le produit fini (le produit tel qu’il sera vendu) à l’atelier. Contrairement au produit à façon où on fournira tout à l’atelier (les patronnages, tissus, fournitures…) et lui se chargera de produire (“d’assembler” l’ensemble des éléments transmis).

Diaguilie BA : Ça dépend de son business model.

Si on travaille en produit fini, bien sûr que le délai sera plus court à peu près 3-4 mois parce que des bases sont probablement faites. Alors que si ce sont des produits à façon, la création se fait de A à Z, il faudra avoir un styliste, développer les produits avec les patronnages et retouches… Ça prend plus de temps. C’est un processus très long.


Savoir bien s’entourer

Diaguilie BA : Savoir bien s’entourer car on ne peut pas tout faire seul. Si les gens ont les moyens de pouvoir travailler avec des stylistes, modélistes, éventuellement des designers graphiques pour les prints… C’est mieux. Travailler avec tous ces professionnels là fait toute la différence.

Si tu as fait tes prints avec un designer graphique, tout de suite ça rend ta collection plus professionnelle et c’est ce qui permettra de la vendre le mieux possible.

Dans mon cas, j’ai fait du style mais je ne saurais pas faire des prints. Donc, c’est un exemple de chose que je pourrais déléguer à quelqu’un qui s’y connait, qui s’est formé, qui est professionnel dans ce domaine là.


Ne pas avoir peur de déléguer

Diaguilie BA : Il ne faut pas avoir peur de déléguer, c’est important. Mais déléguer coûte de l’argent. C’est la raison pour laquelle le budget pour créer sa collection est élevé. En fin de compte, tout cela justifie le prix.

Wendy : Effectivement, quand je fais le point sur tout ce qu’on a dit : si tu veux te faciliter la vie, gagner du temps et de l’argent, faire les choses en toute sérénité. Il faut déléguer donc il faut avoir le budget.

Diaguilie : Si on a les compétences, c’est tant mieux, ça nous permet d’économiser un peu. Mais dans mon cas, si demain, on me demande de faire un shooting photo, ça ne sera pas possible pour moi. Donc, c’est encore quelque chose à déléguer.

Une collection implique beaucoup d’intermédiaires et de métiers différents, il y a tellement de connaissances différentes, de savoir-faire différent, pour moi c’est impossible de tout faire seul.

Donc, il y a forcément un moment donné où il va falloir déléguer.


Déléguer la partie modélisme même en étant soi-même modéliste

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Copyright : Diaguilie BA

Diaguilie BA : Même le modélisme, à un moment je me suis dit que j’allais le déléguer aussi. Alors que je suis moi-même modéliste !

Parce que le développement des deux produits, ça prend énormément de temps. Ça voudrait dire qu’il faudrait que je me consacre à ça entièrement et que je délaisse le reste : le marketing, la comptabilité… donc à quel moment, je peux faire le reste. Tout est important, tout est prioritaire (rires).

Wendy : C’est pour ça qu’il y a le CEO et plusieurs équipes.

Diaguilie BA : Mais totalement. Personnellement, je suis en train de créer une équipe pour développer la collection.

En plus, la difficulté c’est que je veux insérer des bijoux dans ma collection donc il faut que je fasse appel à une designer bijoux parce que je ne sais pas dessiner les bijoux. Pareil pour les prints, je vais devoir faire appel à une designer graphique parce que je ne sais pas le faire. Idem pour la production, je peux pas la faire toute seule.

Toutes ces choses là, il faut les mettre en place. Même pour les publications Instagram, je réfléchis à faire appel à un Community Manager parce que c’est chronophage et encore une fois je délaisse le reste. 

Donc il faut faire des choix.


Dernier conseil : Attacher sa ceinture (rires)

Diaguilie BA : Car j’ai déjà eu des désistements de fournisseurs qui m’ont dit à la dernière minute qu’ils ne pouvaient plus travailler avec nous ou que la quantité posait problème avec leur minimum de quantité. Donc tu dois chercher un autre fournisseur.

Wendy : Les fameux imprévus !

Diaguilie BA : Exact. Ou un changement de prix sur le métrage de tissu, on ne sait pas pourquoi. En plus la difficulté supplémentaire pour moi c’est que je recherche que du bio ou du stock dormant. Pour les stocks dormants, j’ai trouvé un fournisseur sérieux donc ça, ce n’est plus un souci.

Et enfin, il faut croire en soi et en son projet. Et il faut bien le construire car une fois que tu as la vision de l’entreprise, ses valeurs et que c’est quelque chose qui te tient à coeur, alors là rien ne pourra te stopper.


Conclusion

Voilà, c’est tout pour ce riche article en 3 parties !

J’espère que ce format d’Interview vous aura plu et que vous avez appris plein de choses ET pris des notes pour votre future marque. Comme vous avez pu le voir, créer une collection et une marque demande beaucoup de préparation en amont et de recherches.

💬 Dites-moi ce que vous en avez pensé en commentaire et n’hésitez pas à poser vos questions !

Encore un grand merci à Diaguilie pour son temps et le partage 🙂

Pour suivre Diaguilie, discuter avec elle et suivre l’actualité de sa marque, rdv sur son Instagram : @tengelafrica

À très vite,

Wendy

Photos de Diaguilie BA et Pexels (précisé dans l’article)


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