INTERVIEW : Diaguilie BA, modéliste et créatrice de la marque L’atelier Tengel (2/3)

Dans la première partie, vous avez pu découvrir la marque Atelier Tengel et le “pourquoi” de la marque de Diaguilie BA.

atelier tengel - photo de l'atelier de diaguilie
L’atelier de Diaguilie – Copyright : Diaguilie BA

Dans cet article, vous en apprendrez plus sur comment Diaguilie s’y est pris pour créer sa marque, en pratique. On parlera de l’importance de budgétiser pour la création de sa 1ère collection, la partie juridique et de bien d’autres choses.


Cette interview a été réalisée en août 2022.

Mes propos sont en italiques.

Ceux de Diaguilie en écriture normale.

Bonne lecture !


Vous n’avez pas encore lu la première partie ?


La création de sa marque Atelier Tengel (½)

La première chose que Diaguilie a fait pour créer sa marque 

Diaguilie BA : Une des choses que j’ai faite, c’est d’aller rencontrer des tisserands au Sénégal, c’est là-bas que l’idée est née. Mais je ne me suis pas dit “Je veux créer une marque, donc je dois rencontrer des tisserands”. Ça s’est fait naturellement et c’est le fruit du hasard.

J’ai été impressionnée par leur façon d’utiliser le coton, de le tisser. C’est une méthode traditionnelle transmise de génération en génération comme je te l’expliquais précédemment

Et, je suis tout simplement tombée sous le charme de ce savoir-faire et de la qualité du produit. Je me suis dit que ça pourrait être intéressant de développer une collection en mettant en avant ces tissus.


Budgétiser son projet

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Photo by Pixabay on Pexels.com

Diaguilie BA : Puis à mon retour du Sénégal, j’ai budgétisé. J’ai de la chance étant du métier, j’ai pu avoir le recul et l’expérience nécessaire pour savoir budgétiser et savoir à quel prix je vais produire un vêtement.

Alors, j’ai fixé un budget approximatif car même si on a pas les chiffres exacts, l’idée c’est de pouvoir se dire “Si je dessine ce produit là, à combien je peux le produire et à combien je peux le vendre”.

En sachant que je souhaite faire des vêtements plutôt intemporels, j’ai trouvé que c’était plus facile de budgétiser ma collection.

J’avais dessiné une robe pour ma collection et je me posais la question du coût de production. Alors, j’en ai parlé autour de moi. J’ai discuté avec 2 modélistes que je connais, car même si je connais le métier, je souhaitais avoir un avis extérieur notamment sur le prix des patronnages pour mon produit. Puis, avec toutes les infos que j’avais collecté, je savais quel était le budget pour produire 1 ou 2 produits.

S’assurer de prévoir le budget nécessaire (et un budget réaliste)

Diaguilie BA : Créer une marque et ses propres produits, c’est un coût. 

J’ai vu des posts passer sur les réseaux sociaux mettant en avant le fait de pouvoir créer une collection avec 500€ voire 1000€. En sachant qu’une “vraie” collection, c’est une dizaine de produits, ça m’a semblé peu réaliste.

A fortiori, si on veut faire une marque éthique, ça sera encore plus cher.

Mon avis est qu’il vaut mieux commencer par une phase de test avec 2 produits maximum. Et pour créer ces 2 produits, je dirais que le budget minimal serait de 6000€. À moins de 5000€, ça me semble compliqué.

Il y en a beaucoup qui passent par des grossistes (qui ont des bases de produits déjà faites et il ne reste plus qu’à les personnaliser, ndlr) et là c’est moins cher. 

Mais si vous souhaitez créer vos propres produits (en termes de coupe, de forme, etc.) pour votre propre collection, c’est très important d’avoir le budget nécessaire.



Louise Caissard, styliste freelance, a d’ailleurs publié un article très intéressant sur le budget pour sa marque de vêtement.

Je vous invite vivement à le lire ⬇️


L’aspect juridique de sa marque

Diaguilie BA : L’aspect juridique pour Atelier Tengel a été le plus compliqué pour moi, surtout au niveau du choix du statut. Je recommande de se faire accompagner pour ça et de demander conseil.

Il y a beaucoup de subtilités juridiques qu’il faut connaître et que seul quelqu’un du métier peut connaître.

Personnellement, c’est un sujet que je ne maîtrise pas et qu’on est beaucoup à ne pas le maîtriser lorsque l’on crée sa marque. C’est pour cela, que j’ai demandé conseil à plusieurs juristes sur le statut juridique adapté.

Aujourd’hui, je suis auto-entrepreneure car je suis encore en phase de test et l’année prochaine, j’espère passer en société, si tout se passe bien. 

Je pense également à me faire accompagner sur les autres aspects juridiques comme la protection des dessins, du nom de marque, etc.


Approvisionnement en matières premières pour Atelier Tengel

Diaguilie BA : Pour les stocks dormants, il faut faire beaucoup de recherches sur Google pour trouver des fournisseurs comme Nona Source, Uptrade, Les Weekends de la Tissuthèque

Il faut être curieux et se déplacer pour aller chiner sur place. C’est d’ailleurs le cas pour Les Weekends de La Tissuthèque qui ne présente pas leurs tissus en ligne.

Il faut être rapide aussi. Car une fois vendu, le fournisseur ne sera pas réapprovisionné pour un même rouleau.



Fabrication de ses produits

Diaguilie BA : Je sais comment je vais faire produire mes vêtements car j’ai fait beaucoup de recherches. Je me suis déplacée dans les ateliers parisiens car je tiens à ce que ma production soit faite en France.

Au début, je souhaitais produire au Sénégal mais c’était plus contraignant. Il y a le risque que la marchandise soit perdue, endommagée… et la problématique des frais de douane quand ce sont des produits qui proviennent de pays hors Union Européenne.



Diaguilie BA : Donc, en tenant compte de tous ces éléments là, je me suis dit que j’allais faire au plus simple. Et le plus simple était de les produire ici car je suis sur place, je peux contrôler la production et je peux faire les envois à mes clientes.

J’avais fait 3 ou 4 ateliers pour comparer les prix notamment et trouver le meilleur rapport qualité-prix. Mais aussi, pour savoir avec lequel je pourrais travailler dans les meilleures conditions et qui est aussi en accord avec mes valeurs. 


Réaliser sa production soi-même (pour ceux et celles qui savent coudre). Bonne ou mauvaise idée ?

machine de diaguilie - atelier tengel
Copyright : Diaguilie BA

Diaguilie BA : Au tout début, j’ai voulu les produire moi-même mais ce n’est pas possible. Quand t’es cheffe d’entreprise, tu as plusieurs casquettes. Tu as tout à faire. Et moi, je suis toute seule. 

Au début, j’étais accompagnée mais malheureusement, le risque d’avoir un associé, c’est qu’il parte. Donc je suis toute seule pour le marketing, la comptabilité, la production… Et, je ne peux pas tout faire. Je ne peux pas être au four et au moulin. Donc, j’ai préféré déléguer la partie production.

Diaguilie BA

Même en termes de délai (de fabrication, ndlr) par rapport à mes clientes, c’était plus avantageux pour moi de déléguer cette partie-là.

Wendy : Comme cela, ça nous donne idée pour quelqu’un qui voudrait tout faire seul donc tu nous confirmes que c’est faisable mais compliqué.

Diaguilie BA : Voilà, c’est faisable mais très compliqué.

Il y en a qui le font et bravo à eux parce que ce n’est pas évident.

Après c’est une question de personnalité, il y en a qui y arrivent très bien. Mais moi, je préfère déléguer parce que je me sentirais vite stressée et submergée. À mon avis, c’est propre à chacun.



L’importance de comprendre comment le vêtement est construit

Diaguilie BA : Selon moi, c’est important de comprendre comment un vêtement est fait pour présenter au fabricant un produit qui puisse être réalisable. Pas besoin de tout savoir mais au moins avoir des bases.

Le métier de modéliste ne peut pas s’improviser. Cela demande des années d’études car c’est un métier très technique, assez compliqué et malheureusement encore méconnu.



Ce qui a été le plus simple dans sa démarche de création de marque

Diaguilie BA : D’être du secteur. Ça m’a beaucoup aidé pour la budgétisation. Quand t’as la technique et que tu sais faire un prototype seule, ça réduit aussi les coûts (de prototypage, ndlr).

Mais également pour savoir par où commencer mon projet. Aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui veulent créer leur collection et qui ne savent pas comment démarrer. Et moi, je suis là pour les aider 😊 (rires)


Le service d’accompagnement de Diaguilie pour lancer leur collection de A à Z

Diaguilie BA : Aujourd’hui, je propose des services pour aider les jeunes créateurs à lancer leur collection de A à Z car c’est vrai que ce n’est pas évident. C’est un secteur assez technique et très concurrentiel en plus. C’est bien de se faire accompagner surtout si on ne connaît pas le jargon pour discuter avec les fournisseurs mais aussi pour trouver les tissus, par exemple.

Ce n’est pas indispensable. Rien n’est obligatoire mais c’est bien de se faire accompagner par quelqu’un qui est du secteur, qui connaît et qui peut faciliter les choses en ayant un rôle d’intermédiaire avec les fournisseurs, les ateliers de couture, les modélistes, stylistes…

En fin de compte, ça fait économiser du temps et surtout de l’argent. Se faire accompagner facilite l’ensemble de la démarche.


Une fourchette pour créer ses produits

Diaguilie BA : En ce qui me concerne, je lance Atelier Tengel avec mes économies.

Pour ma part, j’ai prévu un budget entre 6000€ et 8000€ pour mes 2 premiers produits. On peut dire que c’est une micro-collection.

Ça représente un réel coût. Par rapport aux budgets habituels pour créer une collection, cela correspond à un “petit” budget. Car pour la création d’une collection avec de nombreux modèles, sachez que le budget peut grimper à 20 000€ voire plus.

En effet, il n’y a pas que la production à compter, il y a aussi les partenariats au niveau du marketing que tu vas peut-être faire avec des influenceurs, le shooting photo… tout ça a un coût assez conséquent surtout si on veut faire de la qualité.

Comme je suis encore dans une phase de test, je préfère créer 2 produits seulement que je déclinerais en coloris, plusieurs tailles, etc. 


L’importance de se renseigner sur le secteur, les coûts et de se faire accompagner

Diaguilie BA : Malheureusement, il y a parfois des personnes qui se lancent sans connaître le marché de la mode qui est hyper concurrentiel sans connaître leur cible ni le secteur ou encore les tarifs. Et cela peut être un piège.

C’est pour ça que j’insiste que le fait de se faire accompagner par une personne du secteur est une très bonne chose et ça simplifie le projet. Cette personne pourra vous aider dans toutes ces démarches longues et coûteuses plutôt que de se lancer seul•e et investir des sommes astronomiques sans phase de test au préalable.

Donc, 6000-8000€ pour commencer, ce n’est pas beaucoup par rapport aux budgets habituels pour créer une collection, mais je préfère faire les choses petit à petit.

Wendy : C’est clair, qu’il vaut mieux lancer peu de produits au début au lieu d’en lancer 20 d’un coup

Diaguilie BA : C’est sûr car quand on a pas encore tester, on ne sait pas si on a ciblé la bonne cible par exemple. On est encore au stade des estimations et des études (étude de marché, ndlr) pour le projet. Ça se trouve que les études faites seront à revoir.

C’est pour ça que la phase de test est indispensable pour assurer la pérennité de son entreprise, selon moi.


Conclusion

C’est tout pour la partie 2 de cette interview qui concernait le processus de création de la marque Atelier Tengel !

Dans la dernière partie, on parlera de l’importance de la stratégie marketing et Diaguilie donnera ses conseils à ceux qui souhaitent créer leur marque.

💬 Dites-moi ce que vous en avez pensé en commentaire et n’hésitez pas à poser vos questions !

Pour suivre Diaguilie, discuter avec elle et suivre l’actualité de sa marque Atelier Tengel, rdv sur son Instagram : @tengelafrica

À très vite,

Wendy

Photos de Diaguilie BA et Pexels (précisé dans l’article)


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